
Pétra est mondialement connue, mais les Nabatéens qui l’ont façonnée restent souvent dans l’ombre. Entre la fin du IVᵉ siècle avant notre ère et 106 de notre ère, ils dominent pourtant un vaste espace allant du sud de la Syrie jusqu’à l’oasis d’al-Ula, en passant par le Néguev et le Sinaï, au point que leur souverain est présenté comme un « roi des Arabes ». Le terme « arabe », déjà attesté très tôt, fonctionne ici comme une catégorie générale regroupant plusieurs peuples de l’Antiquité, dont les Nabatéens. Au cœur de leur religion se trouve Doushara, « celui du Shara », lié à une montagne proche de Pétra et protecteur des rois : plus qu’un nom propre, il s’agit d’un titre exprimant une position suprême, dans une tradition sémitique réticente à figer la divinité sous une appellation unique. Le culte nabatéen se caractérise aussi par l’adoration de pierres dressées (nésiba, proches des « bétyles »), stèles aniconiques censées manifester la présence divine. Dans le grand temple de Pétra, le Qasr al-Bint, une pierre quadrangulaire noire, peut-être d’origine météoritique, était honorée par des sacrifices dont le sang servait de libation. Un passage d’Épiphane de Salamine évoque enfin une grande fête annuelle célébrant la naissance de Doushara : les fidèles y chantaient un hymne à sa mère Chaamou, dite « Jeune fille » ou « Vierge », tandis que le dieu était qualifié d’« Unique enfant du Seigneur ». La ressemblance de ces thèmes avec certains motifs chrétiens explique l’emploi polémique d’un « Noël » nabatéen par Épiphane, soucieux de disqualifier une religion perçue comme concurrente et d’anticiper les accusations de plagiat. Cette fête est signalée à Pétra, à Elousa et même à Alexandrie, où Chaamou est rapprochée de Koré, montrant le syncrétisme du monde nabatéen au contact de la culture grecque, jusqu’à des rapprochements possibles avec Dionysos ou Zeus et l’idée d’un Doushara « deux en un ».
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.